Petites stations de ski: investir pour ne pas mourir

Sociétés de remontées mécaniques en crise

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Transports et infrastructures
Petites stations de ski: investir pour ne pas mourir

L’association faîtière des Remontées Mécaniques du Valais dresse un constat sans appel : les sociétés de remontées mécaniques sont en crise. Elles ont perdu 20% de leurs journées-skieurs en 10 ans, les cash flows ont diminué de 10% sur la même période et les infrastructures sont vieillissantes : en Valais, près de 40% des installations ont plus de 33 ans et 63% ont été construites il y a plus de 23 ans.  Selon l’association, cette perte d’attractivité est due à des facteurs conjoncturels, comme le franc fort et la crise européenne qui prétérite l’arrivée des touristes de la zone Euro, mais aussi à des facteurs structurels, comme une offre basée sur des infrastructures obsolètes. Ces déficits frappent en premier lieu les plus faibles, c’est-à-dire les stations de petite taille, qui ont de plus en plus de peine à maintenir leurs finances à flots pour supporter les coûts de leurs investissements et parfois tout simplement maintenir leur existence.

Un accès difficile au capital

Avec un chiffre d’affaires insuffisant pour réaliser les investissements nécessaires au renouvellement des autorisations d’exploiter, les remontées mécaniques sollicitent des aides financières auprès des communes et ouvrent leur capital aux investisseurs privés. Selon Arthur Clivaz, président de l’association Remontées Mécaniques du Valais, l’accès aux capitaux est difficile pour la branche des remontées mécaniques car les banques ont des critères de rentabilité à court terme. En effet, « les crédits doivent être remboursés sur un délai de 10 à 15 ans alors que 30 à 40 ans sont nécessaires pour rentabiliser les investissements nécessaires au renouvellement d’installations vieillissantes ». Il y a donc un écart important entre «  la vie économique des installations et la durée du crédit bancaire ». Envisager des fusions, en raison notamment des frais d’exploitation qui ont considérablement augmenté ces dernières années, n’est pas une alternative crédible pour de nombreux petits domaines skiables, qui se sont développés à l’écart des grandes stations. Reste donc le dernier recours : l’appel à des fonds publics et/ou privés, les communes restant l’un des principaux bailleurs de fonds pour les petites sociétés de remontées mécaniques.

A la recherche de fonds

Récemment, la démarche semble avoir été couronnée de succès, au moins en partie, pour les domaines skiables exploités par Télémarécottes SA et Télé Mont-Noble SA, deux sociétés qui exploitent 25 kilomètres de pistes pour la première (4 installations) et 35 kilomètres pour la seconde (7 installations).

 Aux Marécottes, l’entreprise de remontées mécaniques a ainsi bénéficié d’un soutien financier important de la part de la commune de Salvan. Grâce à la manne financière provenant du retour des concessions hydrauliques, celle-ci a pu investir 6 millions de francs suisses. D’autres communes ainsi que des privés ont participé à ce montage financier qui s’élève à 9 millions de francs suisses, ce qui a permis de rénover le restaurant sur les pistes, de créer un jardin des neiges pour les enfants, et de remplacer une installation vétuste par un nouveau télésiège débrayable devisé à 7 millions de francs suisses.

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A Nax, Télé Mont-Noble SA a fait construire deux nouveaux télésièges, en remplacement de deux téléskis. Cet investissement de 7 millions de francs a en partie été couvert grâce à des fonds publics. L’entreprise a obtenu 2.5 millions de la commune de Nax, les communes de Sion et de Grône ont apporté chacune 300'000 francs suisses et la commune de Saint-Martin 120'000 francs suisses. Cerise sur le gâteau, 1.5 million de francs suisses ont également été collectés grâce à une souscription publique (en date du 19 octobre 2012) qui reste ouverte à ce jour.

 Du côté du Haut-Valais, de nombreuses petites stations ont également pu bénéficier ces dernières années de la manne financière publique. Par exemple, les remontées mécaniques de Belalp ( 9 installations, 60 kilomètres de pistes) ont ainsi pu compter sur une augmentation de leur capital grâce à la commune de Naters et la commune de Visperterminen (3 installations, 20 kilomètres de pistes) apporte un soutien financier annuel conséquent à la société de remontées mécaniques locale.

 L’appel aux dons des particuliers, résidents, commerçants, acteurs du tissu économique ou tout simplement amoureux de la destination est également la stratégie utilisée par la petite station de Champex (4 installations, 25 kilomètre de pistes), afin de compléter son montage financier de 3 millions de francs suisses nécessaire au remplacement de son télésiège. Cependant, les collectivités publiques n’ont pas toujours les moyens de faire face aux coûts importants liés à la modernisation des installations. Ainsi, la petite station du Super Saint-Bernard (2 installations, 25 kilomètres de pistes), très bien connue des freeriders et autres randonneurs, a fait faillite en 2011 faute de moyens pour rénover la télécabine principale.

A l’heure où nous rédigeons ce blog, la saison de ski 2012/2013 vient de débuter et les opérateurs du secteur annoncent une affluence record dans les Alpes durant les fêtes de fin d’année (voir post « Début de saison de ski tonitruante »). Les petites stations des Marécottes et de Nax expriment également leur satisfaction de voir revenir les skieurs de la région et leurs familles, qui avaient désertés leurs domaines skiables en raison, selon les exploitants, d’installations trop vétustes et inconfortables. Il est évidemment trop tôt pour savoir si les investissements lourds consentis par ces petites stations à la rénovation de leurs parcs s’avéreront payant.

Références

Canal 9, 19 octobre 2012. Le point sur les investissements dans les remontées mécaniques valaisannes, avec Arthur Clivaz, président RMV. http://www.canal9.ch/television-valaisanne/emissions/le-grand-invite/19-10-2012/arthur-clivaz.html

Jean-Yves Gabbud, 19 décembre 2012. Les remontées mécaniques sont sur la mauvaise pente. Le Nouvelliste, p.7

Walliser Bote, 6 Dezember 2012. Bergbahnen. Die Skifahrentage gehen zurück, doch die Anzahl der Anlagen und Bergbahnen bleibt relativ stabil.

Walliser Bote, 19 Dezember 2012. Bergbahnen. Die Walliser Bergbahnen mit neuen strukturen und klaren Zielsetzungen, p.2.

Ski-libre.com, 14 décembre 2012. Quel avenir pour les petits domaines skiables? http://www.ski-libre.com/news/infoskirando/quel-avenir-pour-les-petits-domaines-skiables/

Observatoire Valaisan du Tourisme (2012). Inventaire du Tourisme Valaisan 2010.

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