Big is beautiful II

Comparatif du prix des forfaits journaliers de plusieurs domaines skiables en Suisse, France, Italie et Autriche en relation au nombre de kilomètres de pistes

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Transports et infrastructures
Big is beautiful II

Une analyse réalisée en 2014 a démontré qu’il existait bien un lien entre la taille (c’est-à-dire la longueur des pistes de ski) d’un domaine skiable et le prix de sa carte journalière. Bien sûr, un tel constat doit être nuancé car cette relation n’est pas aussi simple qu’on voudrait bien le croire. Tout d’abord, dans la plupart des domaines skiables, le prix ne dépasse pas le seuil psychologique de 70 francs à la journée, à l’exception du domaine skiable transfrontalier de Zermatt (Suisse) - Cervinia (Italie) où les prix vont au-delà de ce seuil psychologique. Cependant, les frais d’entretien des installations sont importants, quelle que soit la taille du domaine skiable. Les petits domaines ne peuvent donc éviter de demander un prix élevé à leur clientèle, car toute entreprise doit impérativement réaliser un chiffre d’affaires minimal (masse critique) afin de rester économiquement viable.

En 2014, le taux de change s’élevait à Euro/CHF 1.20. Notre étude de 2014 a montré que les domaines skiables qui pratiquaient des prix élevés se situaient tout aussi bien en Suisse qu’à l’étranger, dans les pays alpins voisins. Les petits domaines étaient partout clairement désavantagés par rapport aux grands domaines.

En 2015, un deuxième ranking a été établi sur la base du nouveau taux de change Euro/CHF de 1.05 et ce dernier montre que les stations suisses sont devenues les plus chères de tous les pays alpins (France, Italie, Autriche). Résultats détaillés ci-dessous.

Taux de base euro – franc suisse

Suite à la suppression du taux plancher le 15 janvier 2015, le franc suisse a rapidement pris de la valeur, allant jusqu’à atteindre le taux de parité avec l’euro. Lors de la collecte des données, en été 2015, le taux de change s’était stabilisé vers CHF 1.05 pour 1 euro.

Données de base

Les informations sur les domaines skiables et les prix proviennent d’une étude du « European Consumer Centres Network ». Des données extraites des sites internet des sociétés de remontées mécaniques complètent ces informations.

Evolution du prix d’une carte journalière

Relevons que les stations de sports d’hiver n’ont pas augmenté leurs tarifs par rapport à la saison 2014/2015.

Effet de la suppression du taux plancher

Les domaines skiables suisses sont classés aux premiers rangs (Annexe 1) des domaines skiables les plus chers du panel. 

Annexe 1

La baisse du taux de change a induit le renchérissement d’un abonnement journalier de 14.3% en moyenne pour un hôte étranger. Pour l’hôte suisse, en revanche, les domaines skiables européens sont encore plus attractifs que par le passé. Le prix d’une carte journalière a en effet baissé de 12.5% en moyenne en sa faveur (Annexe 2). Les domaines skiables suisses sont donc de moins en moins attractifs en termes de prix, toutes clientèles confondues. Le chiffre d’affaires des domaines skiables helvétiques est donc doublement impacté, à la fois par la baisse des ventes d’abonnements et par le recul des nuitées touristiques, selon le journal Le Temps du 13 juillet 2015. 

Annexe 2

Classement « prix par kilomètre »

Comme l’on pouvait s’y attendre, la situation des domaines skiables helvétiques s’est dégradée en 2014/2015 par rapport à la saison précédente. A titre d’exemple, St. Moritz a reculé de la 9ème place à la 14ème, la Silvretta Arena de la 11ème à la 18ème, Zermatt de la 14ème à la 19ème, Grindelwald/Wengen de la 27ème à la 35ème et Saas-Fee de la 36ème à la 44ème (Annexe 3). La situation des petits domaines skiables s’est péjorée encore plus fortement que celle des grands domaines skiables.

Annexe 3

Comparaison entre les stations suisses

Voici les domaines skiables qui s’en sortent relativement bien dans le classement suisse : Portes du Soleil (650 km à CHF 57 pour le domaine CH et F), Verbier 4 Vallées (avec 412 km à CHF 71) et Zermatt - Cervinia (361 km à CHF 92 pour le domaine CH et I). Ce sont tous de grands domaines. A l’opposé, ceux qui ont un ratio entre le prix de la carte journalière et le nombre de kilomètres de pistes défavorable sont les petits domaines skiables, à l’exemple de Lauchernalp/Lötschental (55 km à CHF 55), Anzère (52 km à CHF 52), Loèche-les-Bains (50 km à CHF 50) et Grächen (42 km à CHF 55).

Conclusion du comparatif international

Cette étude vérifie tout à fait la théorie des économies d’échelle. Les grands domaines skiables offrent plus de sensations de glisse à un prix relativement plus bas que les petites stations de ski. Heureusement, il ne s’agit là que d’une théorie simplificatrice car, bien sûr, le nombre de kilomètres de pistes de ski n’est de loin pas le seul critère de choix des adeptes du ski. D’autres attraits existent comme, par exemple, la popularité du site, la gastronomie, les événements, le climat, l’ambiance à l’écart des pistes bondées, la présence ou non d’enneigement artificiel, les attractions offertes comme un snowpark ou un funpark, et, évidemment, les préférences et les orientations de la clientèle qui sont aussi diverses que variées.

En 2006, une étude comparative entre les domaines skiables d’Europe centrale et ceux d’Amérique du Nord a démontré que les prix pratiqués en Europe étaient en moyenne 35% meilleur marché qu’en Amérique du Nord. Une des raisons avancées pour expliquer ce phénomène est le fait que la concurrence locale et régionale est beaucoup plus forte dans l’espace géographique alpin qu’en Amérique du Nord. Dans notre espace alpin hautement concurrentiel, le renchérissement du franc suisse défavorise donc davantage les domaines skiables helvétiques, quelle que soit leur taille. 

Références :

Le Temps, 13 juillet 2015. Face au franc fort, le tourisme souffre.

Institut Wirtschaft & Tourismus (HES-SO Wallis): Arbeitsbericht Walliser Bergbahnen: Kooperationsmöglichkeiten unter den Walliser Bergbahnen (2008).

The European Consumer Centres Network: Ski Resorts in Europe 2012/13.

Bieger, Thomas; Laesser Christian; Riklin Thomas (2006): Thesenpapier. Neue Preismodelle für mehr Unternehmens- und Kundenwert in der Bergbahn-Industrie. Universität St. Gallen.

Wiederspächer Kevin (2013): 150-Skiregionen-Studie: Wo ist der Skisport in Europa am günstigsten? In: Reihe Verbraucherstudien.

www.ab-in-den-urlaub.de

www.srf.ch/news/wirtschaft/seilbahnen-ziehen-durchzogene-winterbilanz

Différents sites des domaines skiables

 

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