Hébergements durables: bonnes pratiques locales

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Hébergement
Hébergements durables: bonnes pratiques locales

L’année dernière, notre sélection de tendances et pratiques innovantes pour 2015 abordait de nouveaux concepts d’hébergementshôteliers. Focus sur ces David romands qui se battent contre les Goliath de la franchise.

Premier exemple, le centre de retraite et de séminaires Montagne Alternative qui, en 2010, a élu domicile à Commeire (Val d’Entremont, à 25 km de Martigny). Ce hameau d’une quinzaine d’âmes a ainsi retrouvé une seconde jeunesse. Ensuite, l’éco-hôtel de L’Aubier, blotti dans son écrin de verdure entre le Val-de-Ruz et le Val-de-Travers, perpétue, depuis déjà trois décennies, une philosophie de vie respectueuse de la terre et de ses rythmes. Ces deux établissements sont les parfaits exemples d’une hôtellerie respectueuse de l’environnement, dotée de surcroît d’une vraie conscience sociale.

Hébergements alternatifs: innover dans la tradition

Les infrastructures hôtelières sont énergivores, en raison de leur envergure, de leur éclairage et de leur dotation en appareils. Les deux établissements précités ont trouvé, chacun à leur manière, le moyen de conjuguer exigences de la branche et développement durable.

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Pour Montagne Alternative, le service hôtelier doit offrir une prestation haut de gamme, tout en respectant l’environnement. Architecture, restaurant, hébergement, tout est conçu pour que le visiteur se sente chez lui et qu’il puisse vivre en toute quiétude une expérience de « reconnexion » à la nature. Ici, les hôtes mangent ce que l’ « aubergiste » propose. Les activités se déroulent dans les alentours immédiats. C’est pourquoi l’établissement se présente comme un « centre de retraite » et non comme un « hôtel ». Son emplacement dans un hameau isolé à 1450 mètres d’altitude a dicté tout naturellement ce choix. Entre confort et nature à l’état brut, les initiateurs du projet ont souhaité « innover dans la tradition ».

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Promouvoir les « circuits courts » ainsi qu’une agriculture de proximité

A L’Aubier, on a décidé de garder le cap de l’hôtellerie avec une touche personnelle et engagée. Ici, tout est issu d’une agriculture de proximité et d’une production biologique, comme le petit déjeuner ou les lessives utilisées à la buanderie. L’éco-hôtel présente la particularité d’être couplé à une ferme pratiquant l’agriculture biodynamique. La production alimentaire est consommée sur place, à l’hôtel et au restaurant. S’ils le souhaitent, les hôtes visitent l’exploitation agricole et assistent à la traite des vaches. Cependant, l’établissement n’est pas une « ferme didactique » car son rôle nourricier prime sur celui d’attraction. D’autres produits sont sélectionnés au plus près de L’Aubier, toujours dans le but de favoriser ces fameux « circuits courts », véritable leitmotiv de l’entreprise.

Même stratégie d’approvisionnement à Commeire, où les produits sont également sélectionnés en fonction de leur provenance: en priorité du hameau lui-même, puis du val d’Entremont et, enfin, de l’ensemble du canton du Valais. Montagne Alternative offre également la possibilité à ses hôtes de suivre la fabrication du fromage avant de le déguster au « carnotzet », la cave dans le dialecte du pays. Le potager du hameau a été réhabilité afin de ravitailler les cuisines du restaurant. Un jardin d’herbes médicinales et aromatiques, disponibles à la vente, a été créé, en collaboration avec Isabelle Gabioud, herboriste de la région.

Une clientèle sensible à l’écologie et au développement durable

Ces structures hôtelières qui sortent des sentiers battus attirent plusieurs types de clientèle. Tout d’abord, grâce aux salles de séminaire, les entreprises apprécient le calme de ces lieux exceptionnels et y organisent des « incentives » (activités de motivation), des journées de travail ou encore des séminaires. Ensuite, des familles et des couples viennent se ressourcer le temps d’un week-end ou d’un séjour d’une semaine. Il est certain que l’on ne vient pas à Commeire ou à Montezillon par hasard. Selon Christoph Cordes, directeur de L’Aubier, sa clientèle est, dans sa grande majorité, sensible à l’écologie et au développement durable. Gageons que les autres seront conquis par le concept à la fin de leur séjour.

Cette philosophie de proximité et de durabilité est également appliquée à la consommation d’énergie, car les deux structures fonctionnent sur la base d’une très basse consommation. L’énergie est issue soit de l’hydroélectricité, soit de l’éolien ou encore de panneaux photovoltaïques. L’Aubier récupère l’eau de pluie et l’utilise pour sa buanderie et ses toilettes. Le cycle d’utilisation des ressources est pris en compte et l’efficacité de cette méthode prouve qu’hébergement touristique ne rime pas forcément avec gaspillage des ressources.

« Intégration »: maître mot des deux établissements. Un ancrage social peu banal

Pour Montagne Alternative, tout comme pour L’Aubier, développement durable ne signifie pas autarcie, bien au contraire. Les deux établissements ont un ancrage social peu banal ; l’un comme l’autre œuvrent au sein du village et de la communauté où ils se sont établis. L’Aubier a créé l’éco-quartier intergénérationnel « Les Murmures », à Montezillon, calqué sur le modèle de l’hôtel: tout y est entrepris pour stimuler la conscience de l’environnement et du respect de la terre, avec un volet relations humaines qui est, pour ses concepteurs, indissociable du développement durable. À Montagne Alternative, l’accent est mis sur le lien entre tradition et modernité. Les concepteurs souhaitent démontrer que l’on peut « faire du business » de manière équitable. Ils souhaitent donner une deuxième vie au hameau de Commeire, sans dénaturer le lieu et en totale adéquation avec le patrimoine bâti traditionnel. La structure est d’ailleurs la première entreprise suisse à avoir obtenu le label américain B corporation, qui rassemble des entreprises à but lucratif et durable.

En Valais, tout comme à Neuchâtel, cet ancrage social peut paraître trivial, mais il a toute son importance. En effet, la confiance de la population permet à ces établissements de poursuivre harmonieusement leur développement sur des territoires situés à l’écart des grands axes touristiques et commerciaux. Une alternative à la désertification rurale qui guette ces régions.

 

Références

Entretiens avec Christoph Cordes, directeur de l’hôtel restaurant L’Aubier ; Eduardo Ramos, directeur marketing Montagne Alternative et Benoit Greindl, CEO Montagne Alternative

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