Etude - Le tourisme suisse continue à perdre des milliards à la suite de la crise du Covid-19

0
Gestion

Pertes de ventes massives et taux d’occupation exceptionnellement bas dans toute la Suisse : L'industrie du tourisme est confrontée à une situation très dure, selon notre dernière enquête. En collaboration avec les associations suisses du secteur touristique (GastroSuisse, HotellerieSuisse, Suisse Tourisme, Remontées Mécaniques Suisses, Fédération suisse du tourisme, Association suisse des managers en tourisme), l'Institut Tourisme de la HES-SO Valais-Wallis a mené une enquête en ligne auprès des acteurs du tourisme entre le 20 et le 23 avril 2020. L'accent a été mis sur les prestataires de services suivants : remontées mécaniques, gastronomie, hôtellerie, para-hôtellerie, secteur MICE, organisations touristiques.

L'objectif de l'enquête était d'évaluer l'impact de la crise du coronavirus sur les chiffres clés des entreprises et d'évaluer le risque de faillite. Il a également été demandé quelles mesures les entrepreneurs avaient prises pour lutter contre le manque de liquidités et réduire les coûts. Le présent rapport est basé sur les réponses de 3518 entreprises. 

Taux d’occupation et taux d'annulation dans l'industrie hôtelière

Pour mai et juin 2020, 75 % des réservations en moyenne ont été annulées dans les hôtels étudiés, contre 81 % pour mars et avril dans notre dernière enquête (mars 2020). Il est frappant de constater que les taux d'annulation sont supérieurs à la moyenne à Genève (88 %), Zurich (85 %) et Lucerne (84 %), alors que dans les régions de montagne ces taux (Grisons 61 %, Valais 68 %) sont légèrement inférieurs (mais toujours élevés).

Ces taux d'annulation très élevés entraînent donc un taux d'occupation historiquement bas dans l'industrie hôtelière entre mars et juin. En avril, un taux d'occupation de seulement 8 % est attendu dans toute la Suisse. En mai, le taux d'occupation ne devrait être que légèrement supérieur (9 %). Les perspectives pour le mois de juin sont légèrement meilleures, avec cependant un taux d'occupation qui reste faible (23 %).

Les perspectives pour l'été dans le secteur de l'hébergement semblent encore sombres pour le moment, probablement en raison des restrictions de voyage en général et des incertitudes liées à l'ouverture de l'industrie touristique en Suisse (l'enquête a été réalisée avant la publication de la stratégie de déconfinement du Conseil fédéral le 29.04.20). Les hôteliers ont actuellement un taux de réservation pour juillet-août (mesuré par le nombre de chambres disponibles) de 24 %, tandis que la situation dans le secteur para-hôtelier est plus positive avec un taux de réservation de 41 %.

Diminution du chiffre d'affaires

Les baisses mensuelles du chiffre d'affaires attendues pour les hôtels suisses pour les mois de mars, avril, mai et juin sont massives, respectivement de 62 %, 91 %, 84 % et 73 %. Des chiffres similaires sont attendus dans le secteur de la restauration (mars 62 %, avril 95 %, mai 92 %, juin 71 %).

Les pertes frappent plus durement la Suisse occidentale, le Tessin et les villes souffrant de l'effondrement complet du tourisme d'affaires et de congrès. Les facteurs structurels tels que la taille des entreprises semblent avoir peu d'influence.

En conséquence, près de 60 % des entreprises interrogées sont actuellement fermées en raison de la crise du coronavirus et 22 % sont partiellement fermées ou ont réduit leur personnel.

Perte de chiffre d'affaires dans le tourisme

En moyenne, chaque hôtel de notre échantillon perd entre 240’000 et 280’000 francs par mois, de mars à juin, soit environ un million de francs sur les 4 mois. Une extrapolation pour l'industrie hôtelière au niveau national, en utilisant une approche ascendante (basée sur les valeurs moyennes des établissements), donne les pertes de revenus suivantes pour la période de mars à juin : 1,7 à 2,7 milliards de francs suisses (selon la méthode utilisée). Une extrapolation descendante basée sur le chiffre d'affaires annuel total de l'industrie hôtelière, estimé à 10,2 milliards de francs suisses, entraîne une perte de 2,5 milliards de francs suisses.

Pour la restauration, il faut probablement compter avec une perte d'au moins 4,5 milliards de francs de chiffre d'affaires en 2020 (consommation touristique et non touristique).

La branche des remontées mécaniques a généré un chiffre d'affaires total de 1,39 milliard de francs suisses au cours des périodes 2017/18 et 2018 respectivement. Selon nos calculs, les pertes au niveau de la branche se situent vers 300 millions de francs.

Selon le compte satellite du tourisme de l'Office fédéral de la statistique (OFS 2018), la demande touristique dans tous les secteurs (hôtels, restaurants, transport de passagers, agences de voyage, culture, sport, etc.) s'élevait à 47,2 milliards de francs suisses en 2018 et à 36,5 milliards uniquement pour les produits spécifiques au tourisme. Pour l'ensemble de l'industrie du tourisme, on doit s'attendre à une perte de chiffre d'affaires de 8,7 milliards de francs. Cela n'inclut pas les pertes indirectes de produits non spécifiques au tourisme pour l'économie.

Risque de faillite

La probabilité de faillite est estimée à 22,5 % en moyenne, bien qu'il existe de grandes différences entre les différents segments. Le risque est estimé être le plus élevé à Genève 35 %, Vaud 32 % et Tessin 28 %. Le risque est encore actuellement plus faible dans les régions de vacances traditionnelles (Grisons 15 %, Suisse centrale 20 %).

Ce sont principalement les entreprises des secteurs de la restauration (28 %) et de l'hôtellerie (24 %) qui sont concernées, leur estimation du risque de faillite étant nettement plus élevée que celle des autres secteurs (industrie para-hôtelière 12 %, remontées mécaniques 13 %). 12 % des entreprises du secteur de l'hôtellerie et de la restauration ont une probabilité de faillite de 60 % ou plus.

Détails de l'étude

Les résultats de l'enquête sont disponibles sur un tableau de bord interactif : https://coronavirus.tourobs.ch/Survey/HSRecapApril

Le rapport avec les résultats détaillés se trouve ici :

Étude